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Association des anciens exploitants de remontées mécaniques et de pistes

LA GRANDE HISTOIRE DU SKI
le phénomène ski

L'environnement socio-économique évolue très rapidement impliquant une explosion des loisirs et des sports de montagne. On commence à étudier la création de «stations de ski», à construire des «remontées mécaniques» et à développer des écoles et des structures fédératives. Après le hiatus de la deuxième guerre mondiale (1939/45), l'évolution s'accélère et les compétitions internationales (notamment les jeux olympiques) accroissent la médiatisation.

Les années 1930 annoncent, spécialement en Europe, l'explosion du «ski» sous l'impulsion de plusieurs évolutions :
* Les vallées alpines se sont industrialisées (en France, notamment la Tarentaise, la Maurienne et la vallée de la Romanche) y amenant ainsi des populations ouvrières qui ne vont pas tarder à y organiser leurs loisirs,
* Simultanément on assiste à un début de déclin de l'agriculture qui va inciter les communes de montagne à s'équiper pour profiter de la croissance de l'activité touristique,
* En France, les événements socio-politiques de 1936 débouchent sur l'avènement des «congés payés » créant dans la population une nouvelle matière à projets : les vacances,
* Les transports se sont améliorés : les trains sont de plus en plus pratiques et rapides - des réseaux d'autocars touristiques parcourent désormais les montagnes,
* Les funiculaires et téléphériques se sont multipliés et, grande nouveauté, fonctionnent aussi en hiver, . De ce fait, ils transportent maintenant des skieurs audacieux défrichant des itinéraires de descentes sur des terrains jusqu'alors désertés en hiver,
* des «chalets-skieurs» ont été construits dans divers secteurs d'altitude pour accueillir les randonneurs à skis.
Les conséquences sont presque immédiates :
- les travailleurs des usines alpines ou pyrénéennes ont à portée de la main des terrains visiblement «skiables » et ne vont pas tarder à les expérimenter,
- les villages cherchent désormais les moyens de fixer leurs populations jeunes qui auraient tendance à travailler dans les usines de vallée et font de leur mieux pour attirer chez eux le maximum de touristes avec, en retombées espérées, la création d'emplois nouveaux,
- des groupes d'étude aussi bien que des pionniers isolés commencent à s'intéresser à ce qui deviendra des «domaines skiables » et recherchent les meilleurs moyens de les rendre accessibles aux skieurs. C'est, par exemple, le baron de Rotschild qui, dès 1922, choisit Megève comme point de départ de réalisations hôtelières : il demande à l'architecte Henri-Paul Nemot d'étudier un projet de ce qui deviendrait une «station » (le mot a été inventé et le concept commence à être compris). On prévoit un funiculaire partant de Sallanches pour atteindre un palace à construire au Mont d'Arbois. De nombreux projets d'ensembles voient le jour comme Le Revard, Valloire, Alpe d'Huez, Vars, Auron, Villard-de-Lans, La Mongie....
Et c'est, en 1934, la construction à Megève du premier téléphérique conçu spécialement pour les skieurs : Rochebrune. Il s'agit là du grand départ des «remontées mécaniques» et dès 1938 en France, on en comptera déjà plus d'une quinzaine.
Suisses et Autrichiens ne sont pas en reste d'autant plus que la méthode de ski de l'Arlberg, inventée par Hannes Schneider, devient une référence mondiale et l'espoir pour tous les skieurs en puissance de «savoir skier suivant les normes».
En France la première école de ski créée au Mont-Revard en 1933 sera animée par Roger Frison-Roche sous la haute compétence du Dr. Hallberg. Mais l'on y enseigne aussi la méthode de l'Arlberg.
Aux USA on découvre également le ski mais les efforts de développement sont très dispersés et essaient d'imiter les réalisations européennes même si quelques pionniers réalisent les premières remontées mécaniques avec «les moyens du bord».
La mode vestimentaire explose et les fabricants de tenues de ski ont beau jeu de faire assaut d'innovations. On commence aussi à faire des films ayant le ski pour vedette : «La montagne sacrée», «Ivresse blanche», «Les compagnons de l'alpe» et quelques autres...
Du coup des structures nationales vont être mises en place : la Fédération Française de Ski (FFS) démarre en 1924 avec un groupuscule d'adhérents. Elle en comptera 7000 en 1930, puis près de 50000 en 1939. De même, en 1938, le Syndicat National des Téléphériques de France (SNTF) regroupe la quasi-totalité des exploitants de transports à câble.
On note aussi la création de revues telle que «Le SKI » qui tiendra le haut de l'échelle jusque dans les années 60.
L'Ecole Nationale de Ski Français voit le jour dans le même période.
Les compétitions deviennent nombreuses et se spécialisent en plusieurs épreuves : descente, slalom, fond, saut...on commence à encenser des vedettes, encore principalement autrichiennes et suisses : Otto FURRER, David Zogg, les frères Ruud, Toni Seelos, Rudolf Rominger, Christl Cranz.... Jusqu'à ce qu'un jeune mégevan nommé Emile ALLAIS vienne jeter le trouble dans ce grand cirque : en 1935 à Murren, puis en 36 à Garmisch-Partenkirchen (médaille de bronze), puis à Chamonix en 1937 où il cumule les victoires. Pour compléter cette prééminence, on invente la technique française, plus souple, plus élégante et plus efficace. Elle supplantera rapidement et partout la méthode de l'Arlberg.
Tout cela concourt à «mettre le ski à la mode » et tout un chacun s'efforce désormais «d'aller au ski» (sic). C'en est au point que les compagnies de chemin de fer du PLM et PO-MIDI mettent en place des trains (de nuit) rapides desservant les Alpes et les Pyrénées avec des voitures-dortoirs.
Mais nous sommes en 1939, la guerre est là : le ski européen va sommeiller pendant 6 à 7 ans. De ce ski «flamboyant» il ne reste pratiquement alors qu'un moyen de déplacement et un sport d'entraînement pour les groupements de «Jeunesse et Montagne» appelés à devenir provisoirement une sorte de conservatoire du ski.
Les années qui suivent le conflit mondial subissent encore des difficultés : manque de matières premières, manque d'argent... et le tourisme stagne.
Cependant les concepteurs ont continué à travailler puisque, en 1942 un groupe de techniciens français s'est fixé l'objectif de la création d'une «station internationale de sports d'hiver ». Cette étude sera suivie de bien d'autres pour aboutir à plusieurs réalisations dont l'une des plus importante est le complexe des «Trois vallées» (voir dans le titre «domaines skiables»).
Le renouveau des activités touristiques dans les années 50 va d'abord profiter aux stations balnéaires et thermales mais aussi, et avec un énorme dynamisme aux nouvelles stations d'hiver. Les communes de montagne et de récentes sociétés privées investissent dans les remontées mécaniques. On invente de nouveaux appareils avec des réussites diverses : téléluges, télétraîneaux, télébennes, téléskis, télésièges, télécabines et autres encore plus modernes (voir dans le titre «transports de montagne»).
Progressivement la notion de «piste» prend de l'importance suscitant la fabrication de moyens adaptés : matériels de damage, de signalisation, de secours, puis d'enneigement artificiel (voir dans le titre «domaines skiables»).
En 1945 on comptait en France une cinquantaine d'appareils de remontée, puis 400 en 1960, puis 2000 en 1970 pour aller jusqu'à plus de 4000 dans les années 1990.
La technique française du ski s'est affinée grâce à des champions comme James Couttet, Guy Perillat, Jean Vuarnet, les sœurs Thiollère et la valeur des coureurs de l'équipe de France, dirigée et entraînée avec rigueur, entre autres par Honoré Bonnet, en fait l'une des plus glorieuses au niveau mondial (voir dans le titre «les hommes »). Son retentissement est tel que l'Amérique du nord (et aussi celle du sud) ont principalement recours aux français pour créer et équiper leurs stations ainsi que pour mettre au point leurs écoles de ski.
C'est ainsi que, la France à la fin du XXe siècle présente 30 % des domaines skiables aménagés du monde et possède le plus grand parc de remontées mécaniques accueillant près de huit millions de skieurs par saison.
Le «phénomène ski », à présent établi, reste en constante croissance.